Julien et les garçons

Nous contactons Julien via un site de rencontres. Il est d’accord pour témoigner sur son Coming Out. Nous nous donnons rendez-vous. D’entrée, il nous fait belle impression : il est serein. Avec des mots choisis, il évoque un double Coming Out : identitaire d’abord  – à 19 ans, il officialise son homosexualité auprès de ses parents -, relationnel ensuite – à 25 ans, il connaît sa première expérience avec un homme -. C’est l’histoire d’un jeune homme rêveur et sensible qui a pris le temps de s’affirmer.

Solliciter
Témoigner

J’ai 27 ans, je viens de Polynésie française, j’avais une semaine lorsque j’ai été adopté. J’ai toujours vécu à Marseille depuis. Ma mère travaille dans le milieu médical et mon père est professeur au collège.

A l’école primaire, Julien n’a que des copines et développe ce qu’il appelle sa “part féminine”. Il adore se déguiser avec de belles robes par exemple. C’est au collège qu’il prend conscience de son attirance pour les garçons.  “En 4ème, je me suis rendu compte que j’appréciais certains beaux mecs dans les films, mais il n’était pas question de sexualité à ce moment là. C’était de la simple attirance physique.” C’est à 13 ans qu’il confie, à ses copines, avoir un penchant pour les garçons. “Une fois que je leur ai dit, je n’ai pas eu besoin d’en parler par ailleurs. Ca se voit complètement. A partir du moment où on l’assume, il y a quelque chose qui change dans la façon de se comporter. Notre « aura » est différente. Les autres le perçoivent, je trouve. En tout cas moi, ça m’a fait ça.

“Et si Julien était gay, ça ferait quoi ?

Avec mes parents, il n’y a pas de tabou mais à cette époque là je ne leur en parle pas. Je n’ai pas nécessité à le faire. Ils voient bien que j’ai constamment « un harem » de filles autour de moi. Ils devaient se poser des questions, mais il n’y a jamais eu de conversation à ce sujet. La première fois qu’on en parle c’est lors d’un repas de famille dont je me souviens très bien.” Julien a alors 16 ans, c’est son oncle ivre, qui tente de mettre le feu aux poudres.

A ce moment là, on parle de la mode fashion : ces garçons courts vêtus qui s’habillent de façon un peu extravagante.  Mon oncle me regarde et dit « Et ça ferait quoi si Julien était homo ? Ce qui provoque automatiquement un lourd silence. Je suis curieux de voir la réaction de mes parents. Mon père prend la parole et explique qu’a priori, il imagine son fils avec une fille. Il dit aussi que, si j’étais homosexuel, ce serait drôle qu’en tant qu’adopté, j’en arrive à adopter un enfant. Bref, je comprends que ça ne le dérangerait absolument pas. Ma mère ne tient pas un discours différent. Les deux m’ayant dit cela, je ne sens plus la nécessité de faire un Coming Out.”

Au cours de ses années de lycée, Julien tombe amoureux deux fois, de deux garçons. “Je me suis déclaré à eux mais c’étaient des hétéros. Plus tard, je me suis rendu compte que j’avais juste éprouvé de l’attirance physique. Je ne savais pas très bien me situer encore.” Après le bac, Julien assume largement son homosexualité, mais l’occasion ne lui a  toujours pas été donnée de vivre une histoire amoureuse.

“ A 20 ans, je n’ai toujours embrassé personne.”

C’est à 19 ans, en 2010, que sa mère surprend une conversation téléphonique au cours de laquelle il parle d’un garçon dont il s’est entiché. Ceci donne lieu à une conversation avec ses parents qui lui réaffirment leur amour indéfectible. “ Je savais très bien qu’il n’y aurait pas de réaction de rejet de leur part. Ils se sont battus des années pour  m’adopter. Ils ont fait plus de 15 000 kilomètres pour venir me chercher en Polynésie Française.

En 2011, après une année d’étude en orthophonie, Julien choisit de faire du droit. Les garçons ? “ Je ressens de plus en plus les gays. Je me rends compte qu’il y en a beaucoup. On est partout (rire), mais je n’ai pas d’attirance particulière. A 20 ans, je n’ai toujours embrassé personne.

En 2015, à 24 ans, il obtient sa licence. Les garçons ? “Pendant ces années, je faisais un peu toujours la même chose, avec les mêmes personnes, ce qui n’ouvrait pas à de nouvelles rencontres.

“J’avais beaucoup d’amis qui me demandaient comment je faisais pour tenir sans sexe. Comme je n’avais jamais connu cela, je n’éprouvais pas de manque.

Après sa licence, Julien décide de prendre une année sabbatique. Il va vivre à Aix, joue beaucoup à World of Warcraft (WoW) et part à la rencontre des membres de sa guilde (équipe de joueurs en ligne dans WoW) un peu partout en Europe. Les garçons ? “ Toujours rien. J’avais beaucoup d’amis qui me demandaient comment je faisais pour tenir sans sexe. Comme je n’avais jamais connu cela, je n’éprouvais pas de manque.

Et à 25 ans, en 2016…“ Je vois un tweet d’un mec qui parle d’une rencontre qui s’est super bien passée sur une application qui s’appelle Grinder. Je ne connaissais pas. Je la télécharge. C’est ma première expérience avec la communauté gay. Je dois me familiariser avec le vocabulaire et avec les approches souvent très directes. Je comprends en 2 à 3 clics que ce sont des gens qui cherchent des « plans culs ». Il y a des catégories et, moi, je ne rentre dans aucune d’elles, c’est difficile de « se vendre ». Comme je n’appartiens à aucune communauté connue, les autres n’ont pas idée de ce que je suis. Ils se demandent si je vais leur plaire ou pas. Quand j’envoie une photo de moi, je vois que je ne plais pas. Trop mat de peau ou pas assez, trop gros… C’est dur ! Je finis par discuter avec des mecs qui cherchent des plans soft. J’en rencontre 3 en une semaine, cela se passe bien, mais nous restons au stade des préliminaires.”

“C’est ma première fois et c’est bien !”

Peu de temps après, je découvre un autre site de rencontres qui me plaît davantage. J’y fais la connaissance de Mickael, un professeur d’une trentaine d’années. Nous nous entendons tout de suite très bien. Il m’explique qu’il a un homme dans sa vie, mais qu’il s’agit d’une relation libre. De discussion en discussion, je finis par lui dire que je n’ai jamais fait l’amour avec un homme. Il m’écrit alors : “Je serais honoré d’être ton 1er” et je réponds “ OK ”. Pendant plusieurs jours, on discute énormément de la façon dont les choses vont se passer. C’est un vrai coach. Nous cadrons tout. “On va arriver, on va discuter, on va prendre une douche etc.” Si jamais je veux arrêter, je dois le dire. Il est très pédagogue. C’est ma première fois et c’est bien ! Il fait tout pour me rassurer. Ce qu’il me dit correspond parfaitement à ce qui se passe. Je suis certain que je n’aurais jamais eu une aussi bonne première fois si je n’avais pas attendu.

Pour poursuivre son initiation, Julien revoit 2 ou 3 fois Mickaël. Il s’oriente ensuite vers de nouveaux horizons. Et aujourd’hui, les garçons ? “ J’en profite ! J’explore. Je me dis que j’ai perdu beaucoup de temps. J’aurais pu prendre beaucoup plus de plaisir, mais ce n’est pas grave, je devais en passer par là. J’ai pris mon temps et je suis très heureux des rencontres que j’ai faites.

A 25 ans, en affirmant, sur le plan relationnel, son identité sexuelle qu’il avait découverte depuis des années, Julien a totalement accompli son Coming Out. A 27 ans, il est prêt à vous écouter.

Coming out : Les portraits

2019-05-23T13:18:31+01:00
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