José : Coming Out délocalisé

José répond favorablement à notre appel à témoignage. Ce journaliste comprend vite notre démarche. Nous le retrouvons à la terrasse d’un café. Dans un français parfait, joliment teinté d’accent espagnol, il nous retrace son parcours. Son coming out en est l’une des étapes les plus délicates. Si son environnement s’est montré tolérant, lui a eu besoin de temps pour accepter son orientation sexuelle. José a ceci de particulier : il s’est d’abord affiché comme hétérosexuel. Son année d’Erasmus à Lyon lui a donné l’occasion d’explorer librement son homosexualité : pour lui, une découverte, une libération et… une richesse. Voici son histoire.

Solliciter
Témoigner

José passe son enfance dans une petite ville du pays valencien au sein d’une famille socialiste et catholique non pratiquante. “Mon père dit que nous avons vécu une enfance très longue. J’ai joué dans la rue jusqu’à 13/14 ans. Je ne jouais pas au foot. J’aimais beaucoup la peinture, le théâtre. La plupart de mes amis étaient des filles. Je me faisais traiter de pd. Ca ne m’a empêché d’être heureux. De toute façon, je ne savais pas ce que ça voulait dire.”

Vers 15 /16 ans, il commence à éprouver de la curiosité pour les filles… et les garçons. “Jeune, je dessinais énormément. J’ai commencé à croquer des filles nues et un jour, je me suis mis à dessiner des garçons. Je me suis rendu compte que ça me faisait aussi de l’effet. Mais je n’avais pas conscience qu’un mec pouvait aimer un autre mec. Pour moi, ce n’était pas possible. Je n’acceptais pas cette idée. J’avais pour but dans la vie d’avoir une famille. Je voulais ressembler à mes parents. C’était mon rêve. Je me disais que ça allait passer, que c’était juste une étape.” Sa tante, dont il est proche, le rassure. “Elle me disait toujours qu’il ne fallait jamais être fermé à rien, que l’on pouvait être amoureux d’une fille, puis d’un garçon qu’on ne tombe pas amoureux d’un genre, mais d’une personne. Mes conversations avec elle me faisaient du bien, nous avions un rapport très étroit. Elle me considérait comme un vrai adulte.”

“Je n’avais jamais envie de dormir avec elle”

Au lycée, José regarde également les filles et les garçons. Il fait la connaissance de Natalia qui tombe amoureuse de lui. Pendant un an, elle tente de le séduire et arrive à ses fins l’été suivant le bac, en 2006. C’est avec elle qu’il perd sa virginité. “Nous avons commencé à sortir ensemble, mais  sexuellement, ce n’était pas satisfaisant.” Il part habiter dans la ville voisine pour entamer des études de médecine. Elle part à Valence, mais leur relation se poursuit. José se rend vite compte que la carrière de médecin n’est pas faite pour lui et, l’année suivante, il démarre un cursus dans une école de journalisme à Valence. “Là, les problèmes ont commencés avec Natalia. Je n’avais jamais envie de dormir avec elle. Je m’inventais tout le temps des excuses. Forcément, après plusieurs mois, elle a commencé à voir d’autres garçons et elle m’a quitté. On pourrait croire que ça m’arrangeait mais non, j’étais sincèrement surpris et triste. Malgré des rapports sexuels presque inexistants, je tenais beaucoup à cette relation. Natalia faisait partie de ma vie depuis 2 ans.

Les deux années suivantes sont blanches d’un point de vue relationnel. “Je me posais toujours des questions, bien sûr, mais je laissais le sujet de côté.” C’est en 2009, à 23 ans, que José commence à explorer son penchant pour les garçons. “J’ai rencontré des mecs sur des sites web et j’ai eu des expériences sexuelles. Je prenais du plaisir, mais j’éprouvais beaucoup de culpabilité. Pour moi, c’était extrêmement “sale” ce que je faisais. C’est tout de même, à ce moment-là que, petit à petit, je me suis rendu compte que c’étaient bien les garçons qui m’attiraient. J’en ai acquis la certitude.

En 2010, José part suivre une année d’étude en Erasmus à Lyon. Loin de son cocon espagnol, il tente une expérience “J’ai assumé d’entrée ma nouvelle identité. Je voulais me tester dans un environnement inconnu. Je me suis fait un ami gay et c’est grâce à lui que je me suis assumé. C’était la première fois que je rencontrais un homosexuel de mon âge qui me ressemblait. Les seuls gays que j’avais connus étaient souvent très extravertis ; je n’avais pas du tout envie d’y être assimilé. Je ne m’identifiais pas à eux.”

“Ma première nuit avec un garçon, j’ai senti une paix intérieure »

Après 3 semaines, José participe à une soirée d’intégration de son université. “Une copine voulait me faire rencontrer un de ses amis italiens. C’est à cette fête que je l’ai vu pour la première fois. On s’est vite bien entendu. On a dansé toute la nuit ensemble. Sur le chemin du retour, nous n’étions que tous les deux, il m’a embrassé dans la rue et nous sommes allés dormir chez lui. C’était ça ma vraie première fois ! Lors de ma première nuit avec un garçon, j’ai senti une grande paix intérieure. Je me suis enfin senti désiré. J’ai hyper bien dormi. C’était si naturel. A ce moment, c’en était fini de la culpabilité. Je me sentais trop bien pour éprouver ce sentiment.

José en est désormais certain : il aime les garçons et surtout, il sait que ce penchant peut le rendre heureux. Alors, quand il rentre en Espagne le Noël suivant, il en parle à ses amis. Ces derniers se montrent, la plupart du temps, peu surpris et prennent très bien la nouvelle. Il met également au courant sa soeur et sa cousine mais pas encore ses parents.

“ Tu vis ta vie. On ne va pas en faire un sujet.”

3 mois plus tard , en avril, mes parents viennent en France pour les vacances. Je les rejoins à Paris. Un après-midi, je retrouve une amie de passage à Paris également. Elle me dit “ José, il faut que tu leur dises ce soir.” J’ai bu 2 pintes, j’y suis allé. Nous nous sommes retrouvés dans une petite chambre d’un hôtel parisien. A cette période, j’étais en couple avec un français. Forcément, mes parents me demandaient qui était la personne avec laquelle j’étais tout le temps au téléphone. Ce soir-là, je leur ai dit qu’il s’agissait d’un français, un garçon. Ma mère l’a mal pris.  Elle est descendue fumer une cigarette. Mon père m’a dit qu’il avait toujours pensé que j’étais homo mais il en doutait depuis qu’il avait vu Natalia à la maison. Ma mère est moins ouverte que mon père. Elle vient d’un petit village de Castille où l’éducation est assez “années 30”. Le reste de notre séjour a été difficile car elle n’était pas bien. En fait, elle avait peur que je subisse l’homophobie des autres. Son attitude me mettait en colère.

Mon père m’a demandé l’autorisation de le dire à ma tante. Je lui ai donnée. Nous nous sommes appelés quelques semaines après leur départ. Là, il m’a présenté ses excuses. “Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas à en parler. Tu vis ta vie ; on ne va pas en faire un sujet.” m’a t’il dit. Quelques mois plus tard, ma mère avait accepté également. Elle voyait que j’étais plus heureux ainsi.

“ Je pars du principe que si, pour moi, ce n’est pas un problème d’être homosexuel, je ne dois pas mépriser les autres en pensant que, pour eux, c’en est un.”

Aujourd’hui, José analyse ainsi son Coming out “Faire mon Coming Out a été facile grâce à mon environnement. J’ai mis beaucoup de temps et je le regrette. J’envie les gens qui s’assument très tôt. En fait, c’est du temps que tu gagnes. Tu vis plus de choses. Mais c’est ainsi, j’ai toujours fait les choses assez tard. Grâce à mon Coming Out, j’ai beaucoup évolué. Je me sens mieux, plus à l’aise, plus drôle. Sortir du placard, c’est la meilleure des choses.  Tu te sens vraiment, vraiment, vraiment libéré ! Beaucoup de choses m’ont aidées à prendre confiance en moi, mais c’est le Coming Out qui m’a fait le plus avancer. Aujourd’hui, je pars du principe que si l’homosexualité n’est pas un problème pour moi, je ne dois pas mépriser les autres en pensant que, pour eux, c’en est un. Je préfère penser que les gens sont compréhensifs et leur dire. Je ne voudrais pas que quelqu’un se cache de moi alors je ne me cache pas d’eux.“

A 25 ans, José est un homme homosexuel qui s’assume. En 2011, il finit ses études et part exercer son métier de journaliste aux Etats-Unis, puis en Autriche et enfin en France. Il habite à Paris depuis 5 ans maintenant. Il y a un an, il annonce son homosexualité à sa grand-mère, dernière de ces proches à l’apprendre. C’est le point final de son Coming out,  7 ans après l’avoir amorcé.

Je suis José. Je suis journaliste. Je fais du théâtre amateur. J’ai un fort esprit de famille. J’ai un côté très traditionnel, je suis écolo et aussi… j’aime les garçons.”

Et José est prêt à vous écouter.

Coming Out : Les portraits

2019-05-23T13:16:45+01:00
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