Arlette : valide, utile et disponible

La première fois que nous rencontrons Arlette, c’est chez Marie-Pierre. Contemplative, elle ne dit presque rien quand nous échangeons avec la présidente d’“Afibro78”. Juste avant de nous quitter, elle nous glisse cette phrase “Moi aussi je veux bien faire un portrait”. Dix jours plus tard, nous la contactons. Nous avons à faire à une femme en pleine découverte d’elle-même, qui a appris, petit à petit, à s’écouter et à s’ouvrir aux autres. Comme le montre son témoignage.

Solliciter
Témoigner

C’est en 2011 que j’ai commencé à chercher ce que j’avais. Je ressentais en permanence des douleurs aux cervicales. Mon ostéopathe m’a auscultée et a constaté que mes douleurs correspondaient aux 18 points de la fibromyalgie. Il m’a annoncé que j’avais cette maladie. Mon médecin me l’a ensuite confirmé. Il m’a expliqué que les douleurs seraient chroniques. C’est dur psychologiquement.

En 2011, Arlette a 51 ans. Elle est superviseur clientèle chez Habitat. Tous les jours, elle effectue un aller-retour de 2h30 vers Paris. Elle souffre depuis plusieurs mois déjà, lorsqu’on lui diagnostique la fibromyalgie mais c’est une vraie “dure au mal”. “ Je n’ai pas arrêté de travailler quand on m’a annoncé ma maladie. Je me suis accrochée pendant 4 ans. C’était dur, j’avais de plus en plus de douleurs, à la fin je me traînais.” Il faut dire que, même, lorsqu’elle arrête de travailler le mercredi, elle fait des semaines à plus de 35 heures.

“ Je refuse de souffrir”

Pour tenir, elle augmente les doses de médicaments.  “Beaucoup de gens qui ont la fibro, refusent de prendre des médicaments. Ils se soignent avec des médecines parallèles. Moi je refuse de souffrir. Je sais que je prends un traitement très fort. Mais je préfère ça au fait d’avoir trop mal pour faire quoi que ce soit. Parce qu’il y a des personnes qui ne font rien, qui restent couchées. Je ne veux pas être comme elles.

Cependant, en 2015, Arlette est obligée de se mettre en arrêt. “C’était lors de ma visite annuelle de la médecine du travail. Je lui ai décrit les douleurs et la façon dont je me traînais. Elle m’a dit “Vous rentrez chez vous et vous arrêtez de travailler”. Après ça, mon médecin traitant a renouvelé mes arrêts de travail pendant un an et demi. J’étais triste de ne pas pouvoir travailler mais de toute façon mon corps ne pouvait plus.

En 2016, on la déclare finalement invalide. “Ca été le plus dur. Le mot est cruel ! Pour moi ça voulait dire “Tu n’as plus d’utilité””. Pendant un an, Arlette vit avec ce sentiment “ de n’être plus bonne à rien. ” De plus, elle commence à ressentir de sérieux troubles de la mémoire. Elle va jusqu’à faire un test de détection de l’Alzheimer. Il se révèle négatif. Son médecin impute ces troubles à la fibromyalgie, aux antidépresseurs et à un vieux traumatisme psychologique que Arlette préfère passer sous silence.

“Je ne voulais pas utiliser ma carte handicapée”

C’est une association que nous connaissons bien qui la sort de son isolement “Afibro78.” “Je suis allée voir l’équipe. Tout de suite, j’ai su que j’allais adhérer. Nous avons eu un échange très riche. ” Elle s’investit d’entrée et prend le rôle de secrétaire.

L’asso m’a fait beaucoup de bien car ça m’a permis de découvrir le bien-être. Avant, j’aurais été totalement bloquée à l’idée de faire de la méditation. Mon médecin et mes proches m’avaient dit que je ne m’écoutais pas, c’est à l’asso que j’ai découvert l’importance de savoir s’écouter. ” Alors elle passe du bon temps avec ses nouvelles amies et profite de son petit-fils qu’elle garde plusieurs fois par semaine. Grâce à “Afibro78”, Arlette apprend aussi à assumer sa maladie. “Avant, je ne voulais pas utiliser ma carte COTOREP. J’avais déjà l’impression que c’était marqué sur mon front. Je n’allais pas, en plus, prendre une place de parking « Handicapé », mais maintenant j’arrive à profiter de ces avantages.”

        Elle sent qu’elle progresse “On dit de moi que je suis beaucoup plus ouverte. J’arrive à parler de moi, ce que je ne faisais absolument pas avant. Je vais vers les autres maintenant et ça me plait.”

Tant mieux, car Arlette risque d’être sollicitée prochainement via « Écoutez-vous ». Mais alors quelle serait son approche ? “ Si on me sollicite pour des conseils, je dirais d’aller de l’avant, de ne pas rester seul(e) et je ne m’en tiendrais pas là, j’aiderais la personne à ne pas se sentir seule. Je le tire de mon expérience personnelle. Ce n’est pas drôle la solitude face à la maladie. Je pourrais amener ma disponibilité et mon écoute.

Merci Arlette !

Fibromylagie : Les portraits

2019-05-23T13:15:37+01:00
shares