“ Gladys : Fibro-warrior ”

Nous avons trouvé Gladys via sa page Facebook “La fibromyalgie : mon combat”. Son pseudo annonce la couleur “Gladys Fibro- Warrior”. Ses posts décalés et ses vidéos rafraîchissantes nous ont donné envie de la contacter. Dès les premiers échanges, elle s’est déclarée volontaire pour nous raconter son histoire et faire partie d’Écoutez-vous. Battue par son premier conjoint, licenciée abusivement, diagnostiquée fibromyalgique et atteinte d’un cancer des ovaires, nous vous relatons son parcours. Des épreuves pendant lesquelles Gladys a toujours regardé la vie dans les yeux. Inspirez… Et laissez – vous inspirer !

Solliciter
Témoigner

Le 28 août 2014, Gladys a 34 ans et pour la première fois, son médecin donne un nom à ses douleurs récurrentes : la fibromyalgie. “C’est la première fois que j’entendais parler de cette maladie. C’est là qu’on se rend compte de toutes les douleurs. Sur le moment, je comprends mieux pourquoi je ne dors pas, pourquoi j’ai souvent mal, etc. Après, je me mets à faire des recherches sur internet, et je trouve plein de choses. La maladie peut-être due à une enfance douloureuse, et j’ai eu une enfance traumatisante, j’en discute encore avec mon psy. Ou bien la maladie peut naître suite à un choc physique, un accident, ou autre. Moi, je me suis dit que j’avais mal depuis ma vie avec mon ex conjoint. Ça peut aussi se déclarer au travail parce qu’on s’oublie. Ce qui m’est également arrivé. Tout ça, c’était exactement mon parcours.

Gladys est originaire du Nord de la France. En 2001, à 21 ans, elle suit sa mère pour s’installer à Sète avec son conjoint. Elle ne passera qu’une année dans le sud. Dès les premiers mois, son quotidien vire au cauchemar, elle est battue par son petit copain. Pudique, elle n’en dira pas plus. Elle repère tout de même que ses premières douleurs au dos débutent à ce moment-là “Il me faisait des balayettes qui me faisaient chuter donc forcément, les disques ne tiennent plus. Ils s’écrasent.” À 22 ans, elle s’échappe et part s’installer à Paris.

Dotée d’un BEP secrétariat, elle trouve du travail en tant qu’hôtesse d’accueil pour une agence immobilière, elle évolue rapidement et se fait embaucher en tant qu’assistante de direction dans un restaurant du XIème arrondissement. Elle s’y épanouit “C’était génial comme expérience, je travaillais beaucoup mais j’aimais ce que je faisais.” Elle vit à ce moment là avec le futur père de son fils. Ses douleurs au dos persistent et le psychologue que fréquente la jeune femme diagnostique qu’elles sont la conséquence directe du traumatisme psychologique qu’elle a vécu. Sans solution, Gladys continue à avoir mal mais, prise par sa vie de femme active et son couple, elle en fait peu cas.

Je me suis mise en arrêt après 2 mois de grossesse, j’avais mal au dos en permanence.

À 25 ans elle tombe enceinte et là ; “C’est la catastrophe. Je me suis mise en arrêt après 2 mois de grossesse. J’avais mal au dos en permanence, l’accouchement a été terrible.” Malgré les difficultés, à 26 ans, Gladys devient maman d’un petit garçon. 6 mois plus tard, sa relation vacille avec le père de son fils et elle décide de rentrer dans sa région d’origine. En 2008, là voilà de retour dans le Nord. Dès les premiers mois, elle rencontre l’homme qui partage sa vie aujourd’hui. Les douleurs persistent mais elle continue à avancer. Elle enchaîne les petits boulots pendant 4 ans, jusqu’au jour où elle décroche un CDI d’assistante de direction chez Derichebourg, une grande entreprise de service aux entreprises. Elle connaît alors une période faste professionnellement : “J’aimais beaucoup ce que je faisais. Je bossais pour Derichebourg, c’était génial, le patron était génial. J’étais autonome, je me suis faite augmenter, c’était le kiff. Bref, super !

Elle et son conjoint souhaitent avoir un enfant ensemble. En 2011, elle tombe de nouveau enceinte mais fait une fausse couche. S’en suit une période au cours de laquelle Gladys est suivie médicalement pour l’aider à avoir cet enfant qu’elle et son partenaire désirent tant. Côté travail, le rythme s’intensifie. “Je faisais beaucoup d’heures supplémentaires, je bossais même chez moi le week-end. J’aimais beaucoup ce que je faisais !”. C’est à ce moment-là que son mal de dos commence à se diffuser. “En 2013 les premiers symptômes sont apparus. J’ai commencé à avoir mal dans les épaules puis dans les coudes. J’ai fait des examens et de la kiné. On pensait à des tendinites mais il n’y avait rien. En fait, je me disais que j’avais une sorte de poisse, que quelque chose s’acharnait sur moi. À aucun moment je n’ai pensé à une maladie. Le psy a fini par me conseiller un rhumato. C’est lui qui m’a dit ce jour-là « Ne cherchez plus : c’est la fibromyalgie »

Qu’est-ce qu’on peut faire ? Rien

Ce 28 août 2014 est une journée qui marquera longtemps la vie de Gladys. Après avoir découvert sa maladie, elle retourne l’information dans tous les sens. “ Je me dis un truc, c’est « Qu’est ce qu’on peut faire ? Rien ». Et ça résonne dans ma tête toute la journée « Qu’est ce qu’on peut faire ? Rien ». Faut que je trouve une solution, c’est pas possible, il faut bien que quelqu’un m’aide !” Le soir-même, Gladys a rendez-vous avec son gynécologue et elle apprend une nouvelle encore plus terrible. Elle a un cancer des ovaires et ne pourra plus avoir d’enfant. Elle sera opérée début octobre. Cette double peine lui porte un énorme coup au moral mais elle tient grâce à son compagnon et à son fils de 7 ans. “Le lendemain matin, on a l’impression d’apprendre de nouveau la mauvaise nouvelle, on se remet à pleurer et on patiente.” Jour après jour, Gladys s’accroche. La fibromyalgie est temporairement mise de côté, car une autre échéance décisive l’attend. Deux mois plus tard, elle est opérée de son cancer. L’hospitalisation dure dix jours. Dix jours au cours desquels la mère de Gladys est à ses côtés “j’avais besoin de son amour plus que jamais”. Sa belle mère, ses amis et collègues la soutiennent aussi dans cette difficile épreuve. L’intervention est un succès. Presque un miracle. Toutes les cellules cancéreuses sont enlevées, et un ovaire est sauvé. Elle a encore une chance d’avoir un enfant ! On lui retire tout de même le péritoine et la rate, ce qui implique un lourd traitement antibiotique de 3 ans qui relancera régulièrement ses douleurs.

Après l’opération, Gladys reste 13 mois en arrêt. Elle reprend le travail en mi-temps thérapeutique. Entre temps, son employeur change. Estera rachète l’activité de Derichebourg. Les salariés sont maintenus mais les équipes sont restructurées. Gladys se retrouve sous la responsabilité d’une ex-collègue et leur relation devient vite exécrable. “Elle savait que j’étais à fleur de peau, que j’avais mal partout. J’en avais plein la tête parce que j’avais mal physiquement. Et ça, je lui expliquais.” Mais rien n’y fait, leurs rapports se détériorent. Gladys souffre.

Le sort s’acharne : “On m’a licencié pour cause réelle et sérieuse. Ils disaient que je ne m’entends avec personne. Au début, je voulais les attaquer, je n’en dormais plus, je pleurais, j’étais très en colère. C’était aussi la dégringolade financièrement. J’avais acheté ma maison en 2014, un mois avant de savoir que j’étais malade et un mois plus tard, les mauvaises nouvelles tombent. Mon licenciement, c’était la décadence totale. J’allais très mal psychologiquement. Je n’arrivais pas à vivre avec cette injustice.”Presque logiquement, Gladys tombe en dépression. À la souffrance psychologique s’ajoutent des douleurs physiques croissantes. Gladys a mal partout et arrive à peine à marcher.

“J’ai quel âge !”

Début 2017, à la recherche d’une nouvelle approche, elle va voir un ostéopathe. Elle qualifie sa consultation “d’erreur monumentale”. “En sortant je ne peux plus marcher. Je reste au lit tout le temps pendant un mois. Je me dis : c’est pas possible. Je lis qu’il ne faut pas rester assise à ne rien faire mais je ne peux plus marcher. Je prends ma douche sur une chaise. C’est dur ça psychologiquement. Je me dis « Mais j’ai quel âge ! ».

Gladys continue à se battre et cherche à aller mieux. Lorsqu’elle lit que certains exercices aquatiques peuvent la soulager, elle n’hésite pas et demande à son mari de l’emmener à la piscine. L’effet est prodigieux : “J’ai plus rien le lendemain matin et je pète le feu !“. Pour la première fois depuis des années, elle voit une issue à son chemin de croix. Elle maintient ses séances et continue d’aller mieux. Cette même année, elle suit de nouveaux traitements pour avoir un bébé et elle apprend enfin une heureuse nouvelle “La FIV a fonctionné du 1er coup et c’est la joie !” Elle sait que sa grossesse sera douloureuse mais est bien entourée : “Mon conjoint s’est arrêté de travailler pendant 4 mois.”Elle mène sa grossesse à terme et accouche d’une petite fille début 2018. Gladys s’est battue et au terme d’une interminable succession de difficultés, elle touche de nouveau du doigt le bonheur de vivre.

“La maladie ne m’aura pas !”

Lorsqu’on lui demande comment elle a pu encaisser tout ça, elle répond simplement : “Moi, mon remède c’est rigoler même si parfois j’ai envie de tout casser. Je pleure. Je me dis : c’est pas possible et 5 minutes après je me ressaisis. « T’as de la chance. T’as énormément de chance ! Tu as une maison, deux magnifiques enfants, un mari formidable présent dans toutes les situations, une famille aimante, une belle mère à la générosité infinie… Je ne changerais ma vie pour rien au monde» Je le prends comme ça. La maladie ne m’aura pas ! ”

Elle a créé, il y a un peu plus d’un an, une page Facebook qu’elle anime régulièrement. Elle y partage son remède : continuer de sourire à la vie. Comme nous, elle combat les forums où se mêlent plaintes et souffrances exacerbées. “Sur les réseaux, les gens sont tous le temps négatifs, j’avais l’impression de ressentir leur mal. Je me suis barrée de là ! Ca ressemblait franchement à une secte.” Gladys préfère nourrir sa page de conseils de vie simples et de pensées positives. Elle conseille notamment à ses followers d’arrêter les anti-douleurs et de les remplacer par une plante nommée Griffonia. Elle y tient. Enfin, elle vous exhorte à “arrêter de rester dans le canapé. Il ne faut pas laisser tomber ! Ça fonctionne. Moi je veux vivre mieux, j’ai des projets et c’est ça qui me fait avancer.” Si vous avez pour projet de rencontrer Gladys, vous aurez à faire à une warrior de la vie, dont les meilleures armes sont l’humour, l’optimisme tout terrain et l’amour de ses proches.  

Fibromyalgie : Les portraits

2019-05-23T13:10:29+01:00
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