Heureux qui comme Louis

Louis se rend disponible un soir de semaine. Nous le retrouvons dans un bar à côté du Cours Florent où il est élève. Nous découvrons un jeune homme de 22 ans, rieur et enthousiaste pour notre projet. Son Coming Out s’est déroulé en plusieurs actes. L’acte 1 a pour décor un lycée de campagne où il est victime de fausses rumeurs qui ostracisent et font de lui un bouc émissaire. Son erreur ? Avoir fait confiance un peu tôt à ses amis en leur avouant son homosexualité. L’acte 2 dénoue la situation car Louis  surmonte ses peurs et décide de s’assumer. L’acte 3 débute avec l’entrée de Geoffrey dans sa vie : sa première histoire avec un garçon. Le dénouement ? Heureux. Comme Louis.

Solliciter
Témoigner

Attention à Louis. Il est PD, donc fais gaffe à toi.” Louis a 16 ans lorsque l’ami, avec lequel il étudie au CDI ce jour-là, lui lit le texto qu’il vient de recevoir. Issu d’une famille d’ouvriers, Louis grandit dans un petit village de 400 âmes de l’ouest de la France. Si ses parents lui ont toujours dit qu’ils n’avaient aucun souci avec l’homosexualité, le contexte d’un village, où tout le monde se connait, rend son Coming Out difficile.

Il est en 4ème lorsqu’il commence à se rendre compte qu’il porte un regard particulier sur les garçons. “Ce jour-là, j’allais à l’école en voiture, on parlait des nouveaux calendriers des dieux des stades à la radio, je ne comprenais pas ce que c’était. J’ai demandé à ma mère et elle m’a dit que c’était des mecs qui posaient nus pour un calendrier. Bizarrement, j’ai eu envie de voir ces photos ! C’est la 1ère fois que j’ai ressenti que je pouvais être attiré par les garçons.

”Est-ce qu’il y a un truc qui cloche ?”

A cette époque, Louis est encore loin de s’imaginer qu’il est homosexuel. En 2015, alors qu’il est en première, il s’entiche même d’une fille. « Je suis sorti avec elle pendant 4 mois. Je me demandais comment ça allait se passer si on couchait ensemble et franchement je ne voyais pas comment me plaire. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je n’avais pas d’attirance pour les filles. Après cette première expérience, je ne me posais pas autant la question de « Suis-je gay ? », que « Est-ce qu’il y a un truc qui cloche ? »

« Ça m’a mis un petit coup de blues. Je me suis recentré sur moi. Je me suis posé beaucoup de questions, du genre « Pourquoi ça ne me plaît pas ? » et « Pourquoi quand je vois ce mec ça me fait un truc ? ». Parce qu’à l’époque, il y avait un garçon que je regardais beaucoup, enfin c’était une sorte d’idolâtrie. Je n’arrivais pas à me dire “ Il me plait.” Je ne croyais pas qu’il était possible d’avoir une attirance ou de tomber amoureux d’un homme.

« Je cogitais de plus en plus, je n’étais pas encore sûr de moi. J’en ai parlé à une amie. Je lui ai écrit « Ecoute, je crois que je suis bi ». Je n’ai jamais autant stressé à l’idée de recevoir un message. Je me demandais vraiment comment elle allait réagir. Allait-t-elle encore vouloir me parler ? Je m’attendais à 1001 réponses, sauf celle qu’elle m’a faite « Ah, moi aussi ». Ça a été un immense soulagement ! »

A partir de  ce moment-là, Louis prend confiance et commence à parler plus largement de son goût pour les garçons. Il ne dit rien à sa famille et préfère se confier à ses amis. Il ne déclare pas encore « Je suis gay », car il n’est pas assez sûr de lui pour cela, mais plutôt, « Je suis bi ». En fin de première, tout son groupe d’amis est au courant et semble bien prendre la nouvelle. Mais, quelques semaines plus tard, alors qu’il arrive au lycée, Louis sent que les choses ont changé. Les regards se font fuyants, les poignées de mains furtives. Les premiers jours, il ne comprend pas.

“Je suis devenu agoraphobe”

« En fait, des histoires commencent à circuler à mon sujet. Je comprends assez vite que certaines personnes de mon groupe d’amis ont propagé d’odieuses rumeurs. Selon eux, je cherchais à casser des couples ou j’insultais des personnes dans leurs dos. Bref, des choses qui n’ont l’air de rien mais qui, dans le contexte du lycée, produisent sur moi un terrible effet. Certaines personnes veulent m’isoler et ça fonctionne ! Je suis devenu agoraphobe. Je ne peux plus aller au self, je me réfugie dans un coin retiré du CDI pour travailler, un endroit où on ne peut pas me voir. Je perds beaucoup d’amis. C’est un moment très difficile car je ne ne suis pas encore sûr d’être vraiment homosexuel et certaines personnes se comportent avec moi comme si j’étais un dangereux prédateur. De plus, je suis quelqu’un d’assez maniéré et précieux. Je sens qu’il y a un doute à mon sujet dans la classe. D’ailleurs, un garçon de ma classe, dont les idées sont assez arriérées, auquel je m’adresse un jour, me rétorque “Oh toi t’es pd ! J’ai un détecteur ! T’es pd, vas-y dis-le ! ». Tous les jours, il recommence « Mais vas-y, dis-le que t’es pd ! ». Ca me fait mal. Ca me fait mal car c’est quelque chose qui me touche violemment. Parce que, pour moi, je ne suis pas « pd », je ne sais même pas si j’aime vraiment les garçons.»

Durant l’été 2015, Louis reste caché pendant deux mois. Ses parents essaient de le faire sortir, mais il  refuse de quitter sa chambre. Il s’inscrit pour la première fois sur un site LGBT : il veut trouver des personnes qui ont vécu la même chose que lui. Il se sent alors plus seul que jamais.

“Aujourd’hui, je peux dire que David m’a guéri de mon agoraphobie.”

Il faut dire qu’à la campagne, on ne voit pas tant de gay que ça ou, en tout cas, ils restent cachés et moi je voulais savoir comment se passait un Coming Out. Je lis plein d’histoires horribles, pas du tout encourageantes. Je commence à prendre peur… Mais, c’est sur ce site que je fais la connaissance de David, qui est toujours l’un de mes amis les plus chers aujourd’hui. C’est un garçon un peu plus âgé que moi qui habite en Belgique. Il comprend que je suis malheureux et il prend le temps de m’appeler tous les jours pour me consoler, me faire rire ou me coacher. Il me met de bons coups de pied au cul parfois. Il a une patience incroyable ! Certains jours, il m’appelle de 17h à 6h le lendemain matin. Mon année de terminale se passe cachée, mais je me sens mieux parce j’ai toujours un ami dans la poche. Aujourd’hui, je peux dire que David m’a guéri de mon agoraphobie.

A la fin du lycée, je me dis “Je suis majeur. Je dois vivre comme je veux !” En 2 jours, je fais mon Coming Out auprès de ma famille. Je commence par mon père. Je l’attrape juste avant qu’il parte au travail. Sa première réaction est spontanée “Tu es sérieux, tu m’annonces ça maintenant, j’ai une réunion dans 2 minutes !” Finalement, il prend le temps de me dire qu’il est heureux que j’aie suffisamment confiance en lui pour lui en parler. Waouh ! Ca me fait un bien fou. Je m’étais fait des films de sa réaction… Le lendemain, je vais voir ma mère, j’appréhende beaucoup moins. Cela fait longtemps qu’elle cherche à savoir. Et effectivement, elle le prend extrêmement bien et m’explique qu’elle le sait depuis que je suis tout petit. Mon petit frère, lui… s’en fout. Le soir, quand mon grand frère arrive à la maison, j’ai peur. Lui, c’est le genre « vrai hétéro » qui fait souvent des blagues homophobes. Je lui dis “ Voilà, je suis homo”. Sa réaction est immédiate : “ Enfin tu l’avoues ! Ca fait des années que j’attends ça !” C’est à ce moment-là que je me rends compte que le plus dur c’est de se l’avouer à soi-même, pas à sa famille. En réalité, j’étais à moi-même ma propre barrière.

En septembre 2016, son Coming Out effectué et ses démons du lycée derrière lui, Louis part étudier le droit dans la grande ville voisine. Il suit les recommandations de ses parents, mais depuis tout petit il veut faire du théâtre. Alors, à défaut de suivre sérieusement ses cours, il profite de cette année d’autonomie pour vivre enfin sa première histoire avec un garçon.

Je rencontre Geoffrey sur un chat. Il a 24 ans et je vois bien que je lui plais. Moi, je suis moins sûr de moi, mais il débarque un week-end. Je vis seul à l’époque, je  peux l’accueillir dans mon appartement. Ca se passe tellement bien que notre week-end ensemble se transforme en une semaine. Je mets 2 mois avant d’en parler à mes parents. Ils sont contents pour moi. 4 mois après le début de notre relation, mon père passe me voir alors que je suis avec Geoffrey. Je stresse que la rencontre se passe mal. Geoffrey est très mal à l’aise aussi : il n’a jamais rencontré les parents d’un de ses petits copains. Mon père nous propose d’aller dîner en ville. J’arrive, je le salue, il fait une drôle de tête.  Il regarde Geoffrey de haut en bas, il nous toise à tour de rôle et dit “Bah, c’est pas le même que la semaine dernière !”. C’est son humour. Sa vanne a totalement détendu l’atmosphère et notre dîner a été très agréable.

“C’est toi et tu ne peux pas t’empêcher d’être toi !”

Fort de sa relation avec Geoffrey, Louis s’assume totalement désormais. Son année de droit est un échec. Tant mieux, car il veut désormais se consacrer à ce qui l’a toujours motivé. Fin 2017, afin de payer ses études, il travaille pendant 6 mois à l’usine : un travail debout, à la chaîne, dont il sort épuisé. La période est difficile puisqu’il rompt à ce moment-là avec Geoffrey, mais il s’accroche. Et lors d’un stage de théâtre effectué au cours Florent, il est sélectionné pour intégrer la promotion 2019. Depuis un an, il travaille dans une start-up pour payer sa vie à Paris et façonne, jour après jour, l’acteur qu’il veut devenir. Il est sûr de lui: “Je serai acteur, je ne vais pas m’arrêter maintenant !

Que retient-il de son Coming Out ? “Ca a été quelque chose de très important. Je retiens que l’étape décisive est « l’avant ». Se l’avouer à soi-même, c’est ça le vrai Coming Out. Si je devais conseiller une personne à ce sujet je lui dirais “C’est toi et tu ne peux pas t’empêcher d’être toi !”  

Alors, si vous n’arrivez pas à vous avouer votre homosexualité et que cela vous empêche d’être vous-même, Louis pourrait y prêter une oreille pertinente. Il sera ravi de tenir ce rôle… entre deux cours de théâtre.


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Coming Out : Les portraits

2019-05-23T13:11:58+01:00
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