Marie : Coming out évident

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Nous rencontrons Marie grâce à Pierre. En terrasse d’un bar à Paris, elle nous parle de son Coming Out, ou plutôt, de son non-coming out. En effet, si une période de son adolescence à Mayotte a été délicate, elle bénéficie, une fois de retour en métropole, d’un environnement compréhensif  dans lequel l’homosexualité n’est pas une préoccupation. Dès lors, l’annoncer n’est pas nécessaire. Il lui suffit simplement de vivre son histoire d’amour avec une fille rencontrée, un jour, à la Fac.

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Marie passe son enfance à Brest. Sa mère est infirmière anesthésiste et son père artiste peintre. En 2005, alors qu’elle a 11 ans, un changement radical de vie l’attend. “Ma mère a décroché un poste à Mayotte, nous sommes partis là-bas.” Marie arrive sur cette petite île française de l’océan indien. Climat, population, cadre de vie… Son quotidien bascule. “Je suis arrivée dans un collège assez petit. Le cadre était privilégié. J’ai passé mon enfance dehors à jouer. Nous avions un environnement de vie très sympa et insouciant.” Marie est alors trop jeune pour se poser la question de son orientation sexuelle. Au collège, elle fait comme tout le monde “Je suis sortie avec des garçons pendant tout le collège. Ca ne me préoccupait pas trop à cette époque. Mais c’est une période où ça ne veut vraiment pas dire grand chose.”

Au lycée, les choses évoluent. “Dès les premières semaines, je me suis liée d’amitié avec un groupe de 4 filles : des filles qui aimaient les filles. C’étaient deux couples. Parce que je les fréquentais, on a commencé à me poser la question de mon orientation sexuelle. Je me suis rendue compte que je ne m’étais jamais posé la question. C’est bête à dire, mais c’est comme si j’apprenais le mot “homosexualité” à ce moment-là. Je n’avais pas fait le lien avec ce que je pouvais ressentir.”

“ Tu me dis ça parce que je te plais !?” J’étais mortifiée.”

Notre groupe subissait parfois des propos homophobes ou railleurs. J’étais assimilée à elles. On pensait généralement que j’étais gay aussi. J’ai commencé à me poser des questions. A une amie dont j’étais proche, j’ai avoué un jour que je me sentais un peu perdue quant à mon orientation sexuelle. Elle a réagi de façon très égoïste. Sa réponse a été “ Tu me dis ça parce que je te plais !?” J’étais mortifiée. Je ne me suis pas sentie écoutée. Tu confies quelque chose à quelqu’un et la personne ne pense qu’à elle. Ca m’a laissé un sale goût. Du coup, j’ai de nouveau enterré mes doutes. J’ai gardé mes questionnements tapis encore un bout de temps.”

Le contexte de Mayotte ne pousse pas non plus Marie au partage. L’île est petite ; tout le monde se connaît. Elle ne veut pas d’histoires. Et de toute façon, “Je n’étais pas fixée sur le sujet. Je ne voyais pas l’intérêt d’en parler et surtout de tenter l’expérience.” Alors qu’elle est en vacances à Brest, elle en parle à une amie d’enfance et la questionne : ”Je lui pose une question absurde, je ne savais comment aborder le sujet : Tu t’es déjà demandé si c’était possible d’aimer un mec, une femme, un chien, un chat ?Cette fois-ci, je n’ai eu à faire à aucune mauvaise réaction, on en a parlé. Je me suis autorisée à continuer à me poser des questions.

“Moi, c’est un peu compliqué, mais je crois que je suis attirée par les filles.”

“Jusqu’au bac, on a continué à me demander si j’étais lesbienne. Je répondais systématiquement “Ca ne te regarde pas”. “J’avais besoin de quitter le lycée pour enfin m’épanouir sur ce plan. Je n’aurais pas réussi, je pense, à m’épanouir dans ma sexualité à Mayotte.” En 2012, Marie obtient son bac et elle intègre une classe préparatoire à Rennes. Là-bas, elle découvre un tout nouvel environnement.  “ C’était une chance de se retrouver en prépa. Il y avait beaucoup de personnalités différentes. On avait une vraie bienveillance les uns envers les autres. On ne se jugeait pas. Nous avons rapidement eu des conversations assez franches.” Elle trouve enfin une première confidente.

La première fois que j’ai parlé de mes interrogations, c’était à quelqu’un que je connaissais pas encore vraiment. Je prenais le bus du lycée pour aller à la bibliothèque. J’ai croisé une fille de ma classe qui m’a saluée. Je lui ai dit que j’allais à la bibliothèque. Elle habitait à côté. Elle m’a invité à prendre le café. Bien sûr, on n’a pas bossé. On est resté des heures à parler. On faisait connaissance. C’était une fille simple, bienveillante, gentille. Elle m’inspirait confiance. Elle m’a demandé si j’avais un copain. Ma réponse est sortie très naturellement : “Moi, c’est un peu compliqué, mais je crois que je suis attirée par les filles.Elle l’a très bien pris.  

Petit à petit, l’information est connue de toute la classe et les camarades de Marie se montrent indifférents. “Je n’ai jamais eu de réflexion mal placée ou quoi que ce soit. Pour tout le monde, c’était normal, j’étais très à l’aise.” Cette année- là, elle commence aussi à se tester. “J’ai couché avec des filles. Ca n’a pas eu l’effet d’une révélation. Ca me paraissait simplement normal.” Marie continue à s’affirmer lorsqu’elle arrive à la fac de droit. “ Je me lie rapidement d’amitié avec un garçon de ma classe de TD.  On devient super potes. Il m’annonce, quelques temps après qu’on a commencé à se fréquenter, qu’il est gay. Le fait d’être avec quelqu’un pour qui il est naturel de parler de son copain, de ses potes lesbiennes, normalise complètement mon homosexualité.

“ On a commencé à être ensemble… simplement.”

D’autant qu’un an plus tard elle fait une rencontre. “Elle s’appelle Laure. Elle était amie avec mon meilleur ami de fac. On se voyait de façon assez épisodique jusque-là et il y a eu cette soirée en janvier 2015. Ce soir-là, l’alcool aidant, nous nous mettons à vraiment parler toutes les deux. A un moment, elle avait trop bu, elle se sentait mal. J’étais assise à côté d’elle et j’ai posé ma main sur son front. Selon elle, ce geste a tout déclenché. Elle m’a envoyé un message le lendemain auquel je n’ai pas répondu. Elle a insisté. On a fini par participer à un colloque ensemble. Je sentais alors que notre relation était ambiguë. Un peu plus tard, nous nous sommes retrouvées à une soirée. Nous étions chez moi, c’est là que nous nous sommes embrassées.”

C’est le début d’une relation qui dure depuis quatre ans.  “Il y avait une vraie évidence entre nous. Le fait de se dire “Je suis en train de sortir avec une fille” était accessoire. On a commencé à être ensemble… simplement.”

“ J’ai juste attendu d’être prête et j’ai présenté la personne que j’aimais.”

Elle parle de son amie à son frère, à sa mère, puis à son père. Tout le monde se montre content de la savoir heureuse avec quelqu’un. Fin 2015, il reste une personne chère à Marie qui n’est pas encore au courant : sa grand-mère dont elle est extrêmement proche « Nous nous donnions des nouvelles très régulièrement. Elle devait se rendre compte qu’avec Laure nous avions beaucoup d’activités communes, mais je ne savais pas trop comment lui dire qu’on était ensemble.” En janvier 2016, sa grand-mère est hospitalisée. Elle décide de lui faire une surprise et d’aller lui rendre visite à Brest. “Laure est venue avec moi. Lorsque ma grand-mère m’a vue, elle a été émue. Et lorsqu’elle a vu que j’étais accompagnée de Laure, elle a eu une très jolie phrase “Vous êtes belles, vous allez tellement bien ensemble !” Ca a été un beau moment. C’était deux personnes très importantes pour moi et j’étais ravie qu’elles se rencontrent.” C’est la dernière fois que Marie voit sa grand-mère. Elle décédera un mois plus tard.

Aujourd’hui Marie est installée à Paris. Ses études sont terminées et elle aime son travail. Lorsqu’on lui demande quel regard elle porte sur son Coming Out, elle répond “Je n’ai pas vraiment fait de Coming Out. J’ai juste attendu d’être prête et j’ai présenté la personne que j’aimais. Je pense qu’à ce sujet, il faut faire confiance aux gens.” Alors pourquoi pas ?

Coming Out : Les portraits

2019-07-15T12:05:46+01:00
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